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- On est arrivé ? demanda le petit garçon, tout ensommeillé. Où on est ?
- Pas encore, Alan.

C’était une jeune femme blonde, dont la voix trahissait la nervosité, qui portait une veste de lin tachée et déchirée à la manche droite. L’enfant venait de se réveiller. Lui et sa mère s’étaient endormis d’épuisement sur la banquette arrière de la voiture. Elle tourna vers le port, roulant un peu trop vite pour éviter le dérapage. Une fumée blanche commençait à s’élever du moteur et il n’allait pas tarder à rendre l’âme.

Si on s’arrête maintenant, je risque leurs vies.

Elle dût stopper à quelques mètres d’un calvaire qui marquait le dernier carrefour avant les quais, sortit, scruta les alentours, inquiète, puis ouvrit le capot. Le gamin passa la tête au dehors.

- Où on est, Marie ?

La Polo blanche de location venait de faire son dernier voyage. Elle fit sortir le petit et lui prit la main. Il se frottait les yeux. Elle s’accroupit devant lui et, rassemblant tout son courage, plongea son regard dans celui de l’enfant.

Son petit visage était extrêmement pâle et ses traits trahissaient la fatigue accumulée durant la nuit. L’autre femme sortit à son tour.

- On va prendre le bateau, dit-elle en lui montrant le port.

De l’autre côté, Pointe de Pern, Ouessant commençait à remuer.

Comme un monstre qui s’éveillerait d’un long sommeil, sortirait de sa torpeur et secouerait ses membres pour se débarrasser des fourmillements.

- Et pépé ?

Elle ne répondit pas, posa un baiser sur son petit front et le serra contre elle. Ensuite, elle repoussa la portière qui claqua mollement. A aucun moment elle ne songea à fermer la voiture à clef. Tout ce qui importait maintenant était de quitter l’île.

L’île glaciale.

A suivre...