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Tout de même, tout cela est très étrange, pensa Marie

- Vous êtes sûr que ça va ?
- Oui, oui...répondit le vieil homme.

Marie avait proposé son aide. L’enfant s’était écroulé quelques secondes après l’accident, à bout de forces. Il dormait actuellement sur la banquette arrière de la Polo. La bruine s’était calmée mais des flaques ornaient la route comme autant de pièges. La propriété de l’oncle était située tout près de là, au bord de la mer, trente mètres environ au dessus d’une plage de galets. Les phares éclairèrent d’abord un muret moussu qui devait probablement marquer les limites du nouveau domaine de Marie, puis éveillèrent la façade de la maison, semblant lui redonner vie après une longue attente. Elle avait l’aspect d’une ferme rénovée dont les dépendances avaient été abattues. Les volets s’étaient détachés de l’une des fenêtres du premier étage. Le rez-de-chaussée avait été agrémenté d’une véranda qui occupait presque toute sa longueur. Avantage rare sur une île battue par les vents. Orientée plein Ouest, la façade n’était guère exposée aux tempêtes venant de l’Atlantique. La falaise était dissimulée par un rempart de genêts qui s’étendait jusqu’à une remise dont le toit s’était au fil du temps transformé en passoire.

- Nous voilà arrivés, dit Marie.

Louis ne répondit pas. Il se tenait le visage à deux mains. Elle gara la Polo devant la veranda, sur l’allée de gravillons qui séparait les deux étendues de gazon. Deux pommiers assez proches pour étendre un hamac y répandaient lentement leurs feuilles mortes. Une vieille balançoire pendait à l’une des branches, verdie par le temps passé sans enfants. De là, on apercevait la maison des Axton.

Louis Kermeur descendit et réveilla Alan. Le petit grogna quelques mots incompréhensibles et laissa retomber sa tête sur l’épaule de son grand père. Marie chercha un instant dans son sac la clef de la porte d’entrée. La serrure lui parut énorme. La porte tourna sur ses gonds. Elle s’était bêtement attendue à ce qu’elle émette un de ces grincements que l’on n’entend que dans les films d’horreur. Mais là, rien. Elle promena un moment ses doigts sur le mur, afin de trouver un interrupteur. Une lumière jaunâtre naquit alors dans le couloir central qui allait d’un bout à l’autre de la maison. Rassurée de trouver l’installation électrique en parfait état de fonctionnement, elle invita Louis et Alan à entrer. Elle se rappelait que la cuisine devait se trouver à la droite du hall. Cette maison n’était pas vraiment construite sur le modèle des habitations ouessantines traditionnelles, ramassées sur elles-mêmes, l’oncle de Marie avait fait de ce lieu l’un des endroits les plus confortables de l’île.
- Il va falloir appeler la police, maintenant, forcément.
Louis se tenait dans l’embrasure de la porte de la cuisine. Il venait de laisser Alan se rendormir sur le canapé de la salle-à-manger. Marie l’invita à s’asseoir. Elle sortit d’un des sacs de provisions qu’elle transportait depuis Brest, un pot de café soluble.
- Je vais vous faire un café, ensuite vous allez me raconter calmement ce qui vous est arrivé. Une fois détendu, vous pourrez appeler la police si vous le désirez.
Louis posa ses deux coudes sur la table. Marie n’avait pas vraiment fait attention jusque là à l’aspect de ce vieil homme. Il devait bien approcher les soixante-dix ans. Il portait un vieux pull marin bleu et un pantalon de velours côtelé.

A suivre...