Eilen Axton s’était trainée jusqu’à la salle de bain. Elle avait bien été tentée d’atteindre le téléphone de la chambre, mais la peur l’avait emporté. Cette peur qui vous force à choisir entre deux maux. Elle, avait choisi de se barricader là, plutôt que de risquer sa vie en essayant d’appeler la police.
Lorsqu’elle avait repris connaissance, un quart d’heure plus tôt, elle avait cru émerger d’un cauchemar. Mais la constellation de bris de porcelaine jonchant le sol du palier lui avair rappelé pourquoi sa gorge était si douloureuse. Elle avait porté la main à sa tête et remarqué l’entaille dans sa paume. Le sang avait séché. Elle avait dû rester un bon moment évanouie près de la fenêtre. Philippe. Elle s’était recroquevillée, ramenant ses pieds sous elle, respirant bruyamment, mais Philippe n’était plus là. Elle l’avait assommé, le sang avait coulé, mais il n’était pas resté là. Il avait fallu décider de faire quelque chose. L’image de son mari, errant maintenant dans la maison vide avec probablement une arme à la main l’avait terrifiée. Elle avait tenté de se lever mais avait tout de suite senti que ses jambes ne l’emmèneraient nulle-part. Alors elle s’était trainée, ne pensant plus qu’à atteindre un abri. Elle avait bien fait attention en entrant dans la salle de bain. Mais personne ne l’attendait derrière la porte. Elle s’était hissée sur la chaise, s’était enfermée. Assise, elle avait récupéré, quelques minutes. Les jambes toujours flageolantes, elle avait trouvé la force de se lever et avait ouvert l’armoire à pharmacie. Elle avait avalé deux cachets de Klemocil B. Comment Philippe avait-il pu en arriver là, lui qui avait toujours été si secret mais si charmant. Le rapport avec ce qui était arrivé à Alan était évident, mais la réaction de son mari avait été démesurée, il avait tenu des propos incohérents à propos d’un complot contre lui. Il s’était agité, chassant des ennemis imaginaires. Cette lumière l’avait rendu fou, comme une hypnose. Mais alors, pourquoi lui seul avait-il été touché par cette crise de paranoïa? Maintenant, il lui en voulait à mort, c’était sûr. Et lorsqu’il verrait que sa femme n’était plus étendue là où il l’avait laissée, il se mettrait à fouiller la maison en commençant par ici. Elle avala encore un comprimé de calmant. Il faillit ne pas passer, elle se plia au dessus du lavabo, s’apprêtant à vomir. Mais le haut-le-coeur passa. Elle referma l’armoire et se regarda dans la glace. Des stries bleuâtres étaient apparues autour de son cou. Elle remonta le col de sa robe de chambre, s’apercevant qu’elle était toujours en chemise de nuit. Elle ouvrit le placard et tira quelques vêtements sales qui attendaient là leur tour de machine à laver. Elle se déshabilla et passa seulement un pull et un jean râpé. Elle ouvrit le tiroir du meuble dans lequel se trouvaient quelques déodorants et bombes de mousse à raser. Ils avaient ri lorsqu’elle lui avait dit qu’un jour ou l’autre il confondrait les deux produits. Elle prit un spray puis lu l’étiquette. Elle avait déjà vu à la télévision qu’une bonne giclée de ce machin là dans les yeux d’un agresseur pouvait faire très mal. Elle posa la bombe par-terre, doucement. Au fond, près d’une boîte où reposait un sèche-cheveux cassé, elle trouva ce qu’elle cherchait. Un rasoir, un de ces vieux rasoirs de grand-père. Elle le déplia et regarda longuement la lame. Alan devait être en sécurité maintenant, et Louis devait avoir appelé la police. En attendant, elle aurait de quoi résister. Elle ne put s’empêcher de murmurer.

- Si tu me touches encore, je te crève...

A suivre…